{"id":851,"date":"2025-10-05T18:02:31","date_gmt":"2025-10-05T17:02:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/?page_id=851"},"modified":"2026-01-08T14:14:41","modified_gmt":"2026-01-08T13:14:41","slug":"presences-a-port-des-pres","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/index.php\/rencontres\/presences-a-port-des-pres\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Air de la solitude\u00a0\u00bb Gustave ROUD"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-794e3cfa wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p class=\"is-style-default has-large-font-size wp-block-paragraph\">Morceaux choisis :<br>&#8211;<a href=\"#Pr\u00e9sences-\u00e0-Port-des-Pr\u00e9s\"> Pr\u00e9sences \u00e0 Port-des-Pr\u00e9s<\/a><br>&#8211; <a href=\"#Extreme-automne\" data-type=\"internal\" data-id=\"#Extreme-automne\">Extr\u00eame-automne<\/a><br>&#8211; <a href=\"#Pigeons\">Pigeons<\/a><br>&#8211; <a href=\"#Adieu-\u00e0-une-route-morte\">Adieu \u00e0 une route morte<\/a><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized has-custom-border is-style-default\" style=\"margin-top:0;margin-right:0;margin-bottom:0;margin-left:0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"628\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-628x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-844\" style=\"border-width:7px;width:124px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-628x1024.jpg 628w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-184x300.jpg 184w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-768x1253.jpg 768w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-941x1536.jpg 941w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude-1255x2048.jpg 1255w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Air-de-la-solitude.jpg 1274w\" sizes=\"auto, (max-width: 628px) 100vw, 628px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li id=\"Pr\u00e9sences-\u00e0-Port-des-Pr\u00e9s\" class=\"has-large-font-size\"><strong>Pr\u00e9sences \u00e0 Port-des-Pr\u00e9s<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--1 wp-block-paragraph\">Ce texte raconte les \u00ab\u00a0absents\u00a0\u00bb entrevus lors de \u00ab\u00a0visions\u00a0\u00bb, assis sur un banc. \u00c0 la suite les uns des autres, Roud convoque ceux que sa m\u00e9moire \u00ab\u00a0remonte\u00a0\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--2 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">\u00ab&nbsp;Alors, presque tout de suite, c&rsquo;est toi. Comme tu reprends vie, comme tu t&rsquo;installes d&rsquo;un bond dans ta brutale puret\u00e9&nbsp;! Tout \u00e0 l&rsquo;heure tu n&rsquo;\u00e9tais encore qu&rsquo;un froissement de fleurs et d&rsquo;herbes, un corps vague travers\u00e9 de feuilles, de hautes gramin\u00e9es, et ta faux a gliss\u00e9 dans le bassin sans un \u00e9clair. Mais d\u00e9j\u00e0, tes vraies l\u00e8vres d&rsquo;homme brisent le bras d&rsquo;eau brillante, deux bras de chair plongent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9paule dans la fra\u00eecheur. Une ombre t&rsquo;est rendue.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--3 wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Une ombre t&rsquo;est rendue.&nbsp;\u00bb<\/em><br>Il me vient \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;image des miniatures des livres d&rsquo;heures du Moyen-Age et les premiers enlumineurs qui, dessinant de simples paysans occup\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches agricoles devant les murs du ch\u00e2teau, ont commenc\u00e9 \u00e0 leur ajouter une ombre. Il s&rsquo;agissait sans doute de mieux les inscrire dans le paysage en donnant une perspective, mais aussi -et je ne sais pas si les peintres en \u00e9taient conscients- une <strong>pr\u00e9sence<\/strong> plus marqu\u00e9e. La sc\u00e8ne acquiert ainsi et de la profondeur et de la vie&nbsp;: l&rsquo;illusion peut s&rsquo;animer. Dans cette vision de Roud, cette \u00ab\u00a0<em>ombre rendue<\/em>\u00a0\u00bb vient combler ce qui manquait peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;absent afin de lui donner \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb.<br><br>Le banc se vide, le r\u00e9el reprend ses droits, mais Roud <em>sait<\/em> de quoi il se compose&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--4 wp-block-paragraph\"><br>\u00abNul besoin de tourner mes regards vers les pr\u00e9s : je <em>sens<\/em> soudain le soleil sur la matin\u00e9e d\u00e9j\u00e0 fl\u00e9trie, je vois, les yeux clos, un cheval l\u00e0-bas redresser brusquement la t\u00eate, arrachant \u00e0 l&rsquo;andain des touffes de tiges tendres, les gar\u00e7ons piquer de la fourche sombre le tr\u00e8fle tranch\u00e9. Je <em>sais<\/em> qu&rsquo;ils rient, comme tu riais jadis&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--5 wp-block-paragraph\">Il souhaite n\u00e9anmoins renouer avec sa vision de l&rsquo;absent, des absents&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--6 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">\u00ab \u00d4 qu&rsquo;un peu de repos encore me soit donn\u00e9 sur ce mince banc de bois r\u00eache, ce pont nul entre deux mondes, ce rivage battu tour \u00e0 tour du temps et de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Que je demeure immobile encore, l&rsquo;oreille ouverte au double ab\u00eeme, une main tendue \u00e0 ceux qui <em>savent<\/em> et qu&rsquo;un seul battement de nos c\u0153urs arrache \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternel, de l&rsquo;autre cherchant en vain sous la houle temporelle, comme un plongeur aveugle, \u00e0 saisir ceux qui s&rsquo;appellent eux-m\u00eames les <em>vivants<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--7 wp-block-paragraph\">Un jour peut-\u00eatre, l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00ab&nbsp;<em>hant\u00e9 lui aussi par l&rsquo;anxieux appel des voix sans l\u00e8vres&nbsp;\u00bb<\/em>, viendra s&rsquo;asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--8 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">\u00ab&nbsp;Et tous deux nous verrons enfin ce que j&rsquo;ai <em>vu<\/em>&nbsp;: l&rsquo;instant d&rsquo;extase indicible o\u00f9 le temps s&rsquo;arr\u00eate, o\u00f9 le chemin, les arbres, tout est saisi par l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li id=\"Extreme-automne\" class=\"has-large-font-size\"><strong>Extr\u00eame-automne<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--9 wp-block-paragraph\">Roud, infatigable arpenteur, d\u00e9crit dans ce texte le pays du Haut-Jorat \u00e0 la fin de l&rsquo;automne et les hommes qui l&rsquo;habitent. Sa vision o\u00f9 se m\u00ealent pr\u00e9sent et pass\u00e9, semble associer peinture et photographie, \u00e9clair vivace du souvenir et tendresse infinie pour ces paysages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--10 wp-block-paragraph\"><br>\u00ab&nbsp;Hier encore [\u2026]. \u00c0 la pointe du dernier sillon, Fernand, l&rsquo;\u00e9paule nue et dor\u00e9e comme au plein de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, une main sur le soc \u00e9blouissant, portait de l&rsquo;autre \u00e0 ses l\u00e8vres une pomme si rouge que le ciel autour d&rsquo;elle avivait son bleu trop doux.&nbsp;<br><br>Les chevaux las s&rsquo;endormaient au repos et leurs crini\u00e8res, en se penchant vers le sommeil, d\u00e9masquaient par \u00e0-coups le ruban d&rsquo;horizon, ses pans de collines, ses villages minuscules d\u00e9licatement dessin\u00e9s, avec le compte exact des toitures et des arbres, leurs couleurs pos\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sans une bavure, \u00e0 peine amorties au fond de l&rsquo;air m\u00fbri comme un vin d&rsquo;or.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-base-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--11 wp-block-paragraph\">Un basculement s&rsquo;op\u00e8re cependant vers la morte saison, la fin de ces heures glorieuses. L&rsquo;extr\u00eame-automne se meurt. Gustave Roud, impuissant, ne peut l&#8217;emp\u00eacher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--12 wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;L\u00e0-bas, aux vergers presque d\u00e9serts, on fait tomber les derni\u00e8res pommes, ces petites pommes douces qui seront broy\u00e9es. L&rsquo;arbre tremble, la gr\u00eale des fruits mart\u00e8le le gazon avec ce bruit que l&rsquo;on reconna\u00eet entre mille, un bref battement de tambour amorti, et l&rsquo;oblique essaim des feuilles h\u00e9site et se pose comme une troupe d&rsquo;oiseaux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--13 wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;On voit passer aux routes de hauts chars de gerbes mortes, comme un tr\u00e9sor d&rsquo;\u00e9t\u00e9 devenu cendre sous le soleil sans pouvoir. Et voici monter de la vall\u00e9e, par grandes vagues bl\u00eames et sournoises o\u00f9 s&rsquo;effondre sans bruit le paysage, colline apr\u00e8s colline, village apr\u00e8s village, labour apr\u00e8s labour, le d\u00e9voreur de lampes et d&rsquo;\u00e9toiles, le perfide seigneur d&rsquo;extr\u00eame-automne, le brouillard.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li id=\"Pigeons\" class=\"has-large-font-size\"><strong>Pigeons<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--14 wp-block-paragraph\">On imagine Gustave Roud, absorb\u00e9, \u00e0 sa table de travail dans sa maison de Carrouge, ou m\u00e9ditant, regardant par la fen\u00eatre, distrait par l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un petit gar\u00e7on portant un lourd panier d&rsquo;osier, laissant entrer avec lui le froid d&rsquo;une sombre journ\u00e9e de janvier. Dans le panier, deux jeunes pigeons, cadeau d&rsquo;Aim\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--15 wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Les deux pigeons sont l\u00e0 dans le grand panier gris et rose. Est-ce qu&rsquo;il faudra vraiment les tuer, cher Aim\u00e9&nbsp;?&nbsp; Je n&rsquo;en ai jamais re\u00e7u, comment faut-il faire&nbsp;? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--16 wp-block-paragraph\">Il conna\u00eet la mort des animaux domestiques, celle que l&rsquo;on donne dans les campagnes, mais l\u00e0, \u00ab&nbsp;<em>C&rsquo;est une nouvelle esp\u00e8ce de mort et qui s&rsquo;en chargera&nbsp;?&#8230;&nbsp;\u00bb <\/em>Il conna\u00eet aussi ce genre de panier&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;il est beau et lourd&nbsp;\u00bb, <\/em>on y fait rouler les pommes, en octobre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Cependant, il se remet \u00e0 sa table de travail et se met \u00e0 \u00e9crire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--17 wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Tout cela, j&rsquo;aurais d\u00fb monter vers toi pour te le dire. Le chemin n&rsquo;est pas si long qui nous s\u00e9pare.&nbsp;\u00bb <br>La peur l&rsquo;a retenu de le faire&nbsp;: <br>\u00ab&nbsp;La peur de tout un univers mort qui est entre nous et qu&rsquo;il faudrait \u00e9carter comme un cadavre. Un chemin mort sous un ciel mort. Un pays noir, un pays blanc, hier rigide encore et mollissant aujourd&rsquo;hui d\u00e9j\u00e0&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--18 wp-block-paragraph\">Il ne peut traverser \u00ab&nbsp;<em>ce lieu o\u00f9 se m\u00ealent l&rsquo;\u00eatre et le non-\u00eatre.<\/em>&nbsp;\u00bb Il sait pourtant ce dont il se prive&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je ne verrai pas ces travaux d&rsquo;hiver si jolis \u00e0 voir faire dans leur monotonie qui est celle qui convient \u00e0 un passe-temps.&nbsp;\u00bb <\/em>Des images l&rsquo;assaillent. Celle du corps d&rsquo;Aim\u00e9, occup\u00e9 \u00e0 tresser des liens de gerbes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--19 wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Pr\u00e8s d&rsquo;une \u00e9troite fen\u00eatre d&rsquo;\u00e9curie, une moiti\u00e9 du corps durement cern\u00e9e de lumi\u00e8re, l&rsquo;autre confondue avec l&rsquo;ombre o\u00f9 luit doucement la paille d\u00e9nou\u00e9e et tordue comme une chevelure, tu es assis, les poings referm\u00e9s sur la tresse r\u00eache qu&rsquo;on tord et tire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--20 wp-block-paragraph\">Il imagine&nbsp;: si le soleil se fait plus fort, touchant <em>\u00ab&nbsp;cette paille et lui <\/em>[rendant]<em> sa couleur d&rsquo;ao\u00fbt&nbsp;, voici rena\u00eetre dans le noir tout un apr\u00e8s-midi de moisson dans son odeur de sueur et de paille chaude.\u00bb<\/em> Cette vision l&rsquo;obs\u00e8de et, pour en \u00eatre soulag\u00e9, il se dit qu&rsquo;il faudrait s&rsquo;inscrire dans le \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;il f<em>audrait tenter une chance par l&rsquo;objet, comme toi <\/em>(Aim\u00e9)<em> tordre des liens ou tresser des corbeilles.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--21 wp-block-paragraph\">On imagine, Gustave Roud, levant les yeux de ce qu&rsquo;il vient d&rsquo;\u00e9crire. Des enfants passent dans la rue, l&rsquo;\u00e9cole est finie. Des pigeons vont se poser devant le seuil de sa maison, <em>\u00ab&nbsp;c&rsquo;est l&rsquo;heure du grain&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--22 wp-block-paragraph\">Les deux siens <em>\u00ab&nbsp;sont toujours l\u00e0, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, serr\u00e9s contre la tresse d&rsquo;osier nu.&nbsp;\u00bb <\/em>Il les caresse et nous dit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;On dirait qu&rsquo;eux aussi ils attendent \u2013 mais quoi&nbsp;?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li id=\"Adieu-\u00e0-une-route-morte\" class=\"has-large-font-size\"><strong>Adieu \u00e0 une route morte<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--23 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Th\u00e9voz, tu le sais, toi aussi&nbsp;: cette procession de peupliers solennels, cette double file de vivantes colonnes vertigineuses qui guidait le voyageur vers ton village et ta maison, ils l&rsquo;ont jet\u00e9e \u00e0 bas&#8230;[&#8230;] Il n&rsquo;y a plus, entre les berges de gazon, qu&rsquo;une route sans accueil, p\u00e2le et dure sous trop de soleil comme une rivi\u00e8re que le gel a saisie \u2013 un chemin mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--24 wp-block-paragraph\">Gustave Roud, familier des lieux, prend \u00e0 t\u00e9moin un ami absent&nbsp;: les grands arbres qui bordaient la route ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s, d\u00e9pec\u00e9s, emport\u00e9s. Avec eux, toute une m\u00e9moire faite de moments pr\u00e9cieux, uniques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--25 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Ces arbres \u00e0 l&rsquo;instant de mourir se souvenaient-ils peut-\u00eatre de l&rsquo;adolescent qui les avait aim\u00e9s et les caressait jadis avant de s&rsquo;adosser pour une heure d&rsquo;ombre \u00e0 leurs troncs fraternels&nbsp;? [\u2026] (Ils) se rappelaient notre amiti\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--26 wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de la douleur r\u00e9elle de la perte de beaux arbres et celle due au \u00ab&nbsp;massacre&nbsp;\u00bb du paysage, Gustave Roud ressent un ab\u00eeme int\u00e9rieur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--27 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Cette route qui dormait en moi pour toujours n&rsquo;est plus s\u00fbre. Elle se d\u00e9nude comme l&rsquo;autre. Les troncs chancellent, touch\u00e9s \u00e0 leur tour. Ce n&rsquo;est plus le vent d&rsquo;autrefois qui balan\u00e7ait innocemment les cimes contre les nuages d&rsquo;\u00e9t\u00e9 bruns et roses. Le fr\u00e9missement sans fin des feuillages devient fi\u00e8vre et mortel frisson de choses condamn\u00e9es. Le temps va reprendre ses dons.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--28 wp-block-paragraph\">La mort, pourtant, \u00e9tait \u00ab&nbsp;inscrite&nbsp;\u00bb dans <em>ce Jorat o\u00f9 le printemps est si long \u00e0 venir<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--29 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0La vall\u00e9e o\u00f9 j&rsquo;avan\u00e7ais parmi les coups d&rsquo;\u00e9paule transparents de la bise gisait \u00e0 demi-morte elle-aussi sous le ciel clos, vert-de-gris\u00e9e, viol\u00e2tre, avec les taches bl\u00eames des tombes de village en village, aigre au regard comme \u00e0 la gorge un vin qui tourne, une prunelle des haies avant le gel.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--30 wp-block-paragraph\">\u00c0 cette route, <em>il faut lui dire adieu, comme \u00e0 une morte puisque nous n&rsquo;y passerons jamais plus. Jamais plus.<\/em> <em>\u00c0 <\/em>cet implacable destin\u00e9e entra\u00eenant les \u00eatres et les choses dans le n\u00e9ant, Roud oppose une fragile et puissante esp\u00e9rance\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-subtitle--31 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Mais n&rsquo;y a-t-il pas au plus profond de notre c\u0153ur, comme une source t\u00eatue et timide hors des ruines m\u00eames de la m\u00e9moire, cette voix un souffle \u00e0 peine qui nous annonce la fin du Temps et que toutes ces choses tr\u00e8s aim\u00e9es abolies un instant par la mort illusoire, <em>nos<\/em> yeux enfin rouverts les verront rena\u00eetre une \u00e0 une dans leur toute-pr\u00e9sence, le Jour venu -quand il n&rsquo;y aura plus de jours&nbsp;?\u00a0\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\t<div id=\"respond\" class=\"comment-respond wp-block-post-comments-form\">\n\t\t<h3 id=\"reply-title\" class=\"comment-reply-title\">Laisser un commentaire <small><a rel=\"nofollow\" id=\"cancel-comment-reply-link\" href=\"\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/851#respond\" style=\"display:none;\">Annuler la r\u00e9ponse<\/a><\/small><\/h3><form action=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-comments-post.php\" method=\"post\" id=\"commentform\" class=\"comment-form\"><p class=\"comment-notes\"><span id=\"email-notes\">Votre adresse e-mail ne sera pas publi\u00e9e.<\/span> <span class=\"required-field-message\">Les champs obligatoires sont indiqu\u00e9s avec <span class=\"required\">*<\/span><\/span><\/p><p class=\"comment-form-comment\"><label for=\"comment\">Commentaire <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <textarea id=\"comment\" name=\"comment\" cols=\"45\" rows=\"8\" maxlength=\"65525\" required><\/textarea><\/p><p class=\"comment-form-author\"><label for=\"author\">Nom <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <input id=\"author\" name=\"author\" type=\"text\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"245\" autocomplete=\"name\" required \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-email\"><label for=\"email\">E-mail <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <input id=\"email\" name=\"email\" type=\"email\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"100\" aria-describedby=\"email-notes\" autocomplete=\"email\" required \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-url\"><label for=\"url\">Site web<\/label> <input id=\"url\" name=\"url\" type=\"url\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"200\" autocomplete=\"url\" \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-cookies-consent\"><input id=\"wp-comment-cookies-consent\" name=\"wp-comment-cookies-consent\" type=\"checkbox\" value=\"yes\" \/> <label for=\"wp-comment-cookies-consent\">Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site dans le navigateur pour mon prochain commentaire.<\/label><\/p>\n<p class=\"form-submit wp-block-button\"><input name=\"submit\" type=\"submit\" id=\"submit\" class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" value=\"Laisser un commentaire\" \/> <input type='hidden' name='comment_post_ID' value='851' id='comment_post_ID' \/>\n<input type='hidden' name='comment_parent' id='comment_parent' value='0' \/>\n<\/p><p style=\"display: none;\"><input type=\"hidden\" id=\"akismet_comment_nonce\" name=\"akismet_comment_nonce\" value=\"f87ca2ee74\" \/><\/p><p style=\"display: none !important;\" class=\"akismet-fields-container\" data-prefix=\"ak_\"><label>&#916;<textarea name=\"ak_hp_textarea\" cols=\"45\" rows=\"8\" maxlength=\"100\"><\/textarea><\/label><input type=\"hidden\" id=\"ak_js_1\" name=\"ak_js\" value=\"243\"\/><script>\ndocument.getElementById( \"ak_js_1\" ).setAttribute( \"value\", ( new Date() ).getTime() );\n<\/script>\n<\/p><\/form>\t<\/div><!-- #respond -->\n\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Morceaux choisis :&#8211; Pr\u00e9sences \u00e0 Port-des-Pr\u00e9s&#8211; Extr\u00eame-automne&#8211; Pigeons&#8211; Adieu \u00e0 une route morte Ce texte raconte les \u00ab\u00a0absents\u00a0\u00bb entrevus lors de \u00ab\u00a0visions\u00a0\u00bb, assis sur un banc. \u00c0 la suite les uns des autres, Roud convoque ceux que sa m\u00e9moire \u00ab\u00a0remonte\u00a0\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Alors, presque tout de suite, c&rsquo;est toi. 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