{"id":717,"date":"2025-10-01T10:01:24","date_gmt":"2025-10-01T09:01:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/?page_id=717"},"modified":"2025-10-25T13:09:37","modified_gmt":"2025-10-25T12:09:37","slug":"717-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/index.php\/rencontres\/717-2\/","title":{"rendered":"Trente mille jours (extrait)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-794e3cfa wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-medium-font-size is-style-text-annotation--1 wp-block-paragraph\"><br>Dans sa chambre bureau, une pi\u00e8ce d\u2019angle orient\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest et au midi, Maurice Genevoix s\u2019astreint, quotidiennement, d\u00e8s chaque printemps et pendant des ann\u00e9es, \u00e0 \u00ab\u00a0une s\u00e9ance de labeur nocturne.\u00a0\u00bb Il se souvient d\u2019une nuit d\u2019ao\u00fbt :<br>\u00ab\u00a0<em>D\u00e8s le printemps, j\u2019ouvrais toute grande l\u2019une des fen\u00eatres, celle qui s\u2019orientait vers la Loire<\/em>.\u00a0\u00bb\u2026<br><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"611\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-611x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-807\" style=\"width:159px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-611x1024.jpg 611w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-179x300.jpg 179w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-768x1286.jpg 768w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-917x1536.jpg 917w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1-1223x2048.jpg 1223w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Trente-mille-jours-1.jpg 1257w\" sizes=\"auto, (max-width: 611px) 100vw, 611px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-annotation--2 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">\u00ab&nbsp;L&rsquo;\u00e9t\u00e9 venait. La nuit d&rsquo;ao\u00fbt avivait ses \u00e9toiles. \u00c0 de longs intervalles, des \u00e9clairs muets tremblaient sous l&rsquo;horizon au sud. Un calme immense r\u00e9gnait par l&rsquo;\u00e9tendue. Pas d&rsquo;autre bruit que le grattement menu de ma plume sur le papier. Ou peut-\u00eatre&#8230; D&rsquo;o\u00f9 venu&nbsp;? Soupir fluide, lent friselis de source ou de surgeon qui s&rsquo;attarde sous le ciel. Ma plume reste en suspens, j&rsquo;\u00e9coute, et mon c\u0153ur s&rsquo;\u00e9meut&nbsp;: c&rsquo;est la Loire, le courant de la Loire qui atteint l&rsquo;\u00e9trave d&rsquo;une pile, se soul\u00e8ve au musoir de pierre, s&rsquo;entrouvre en \u00e9ventail, et passe&#8230; Et toute la nuit vivante est l\u00e0, dans la chambre&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--3 wp-block-paragraph\">Pourquoi ce passage provoque-t-il en moi une telle \u00e9motion&nbsp;? <br>Tout d&rsquo;abord, parce qu&rsquo;il est \u00e9crit par un tr\u00e8s vieux monsieur en 1980, l&rsquo;ann\u00e9e de sa mort, \u00e0 90 ans. On peut penser qu&rsquo;\u00e0 cet \u00e2ge l\u00e0, on a fait le tour des choses pour revenir \u00e0 l&rsquo;essentiel. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est <em>le bruissement du monde et les mots.<\/em><br><br> La construction litt\u00e9raire de ce moment appartient \u00e0 un grand \u00e9crivain. Elle p\u00e9n\u00e8tre l&rsquo;espace g\u00e9ographique ainsi que celui du temps qui passe. Les quatre premi\u00e8res phrases plantent le d\u00e9cor dans un univers commun \u00e0 tous les hommes&nbsp;: l&rsquo;\u00e9t\u00e9, les \u00e9toiles, les \u00e9clairs, le silence de la nuit. \u00c7a parle \u00e0 tous, c&rsquo;est de toutes les \u00e9poques et de tous les lieux&nbsp;! On aurait tous quelque chose \u00e0 en dire&nbsp;! Ici, Maurice Genevoix personnifie des \u00e9l\u00e9ments de la nature :<br><br>\u00ab\u00a0<em>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 venait..<\/em>.\u00a0\u00bb<br>Il n&rsquo;\u00e9crit pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9t\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb, mais \u00ab&nbsp;<em>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 venait<\/em>&nbsp;\u00bb&#8230; Nous sommes spectateurs, le rythme des saisons n&rsquo;appartient \u00e0 personne, c&rsquo;est celui de la plan\u00e8te et il ne d\u00e9pend pas de nous&#8230;<br><br>\u00ab&nbsp;<em>La nuit d&rsquo;ao\u00fbt avivait ses \u00e9toiles.<\/em>&nbsp;\u00bb <br>Une intention s&rsquo;exerce qui nous d\u00e9passe et, en six mots, le ciel nocturne appara\u00eet \u00e0 nos yeux d&rsquo;enfant. \u00ab&nbsp;<em>Aviver&nbsp;\u00bb<\/em>, quel merveilleux verbe&nbsp;! On arrive \u00e0 se dire qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 uniquement pour venir se sertir au milieu de cette phrase&nbsp;!<br><br><em>\u00ab&nbsp;&#8230;des \u00e9clairs muets tremblaient&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em> <br>L\u00e0 encore, quelques mots pour nous faire voir, ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 vu. Mais, avions-nous bien <em>vu&nbsp;<\/em>?<br><br><em>\u00ab&nbsp;Un calme immense r\u00e9gnait par l&rsquo;\u00e9tendue.&nbsp;\u00bb<\/em> <br>Le calme de la nuit emplit l&rsquo;espace lui donnant sa dimension. Il n&rsquo;est pas profond mais <em>immense<\/em>. A tel point qu&rsquo;il <em>r\u00e8gne<\/em>. Tout est en ordre.<br><br>On rejoint ensuite l&rsquo;homme dans la chambre bureau, le grattement de sa plume sur le papier. Il est seul, il fait nuit, il a ouvert la fen\u00eatre. Il s&rsquo;arr\u00eate d&rsquo;\u00e9crire car il lui semble avoir per\u00e7u, un <em>\u00ab&nbsp;soupir fluide, lent friselis de source ou de surgeon&#8230;\u00bb<\/em> Quelle d\u00e9licatesse dans ces mots choisis pour leur allit\u00e9rations parfaitement accord\u00e9es au bruit de l&rsquo;eau qui s&rsquo;\u00e9coule ! Il reconna\u00eet le courant de la Loire sur l&rsquo;\u00e9trave d&rsquo;une pile du pont ; son c\u0153ur se serre. Le n\u00f4tre aussi.<br><br>Le po\u00e8te est \u00e9galement ma\u00eetre du lexique : <em>friselis de source, surgeon, l&rsquo;\u00e9trave d&rsquo;une pile, musoir de pierre&#8230;<\/em>, autant de mots qui charment nos yeux et nos oreilles, donnant \u00e0 la description une pr\u00e9cision \u00e0 nulle autre pareille !<br><br>Le passage de l&rsquo;espace c\u00e9leste \u00e0 celui de la chambre dans lequel \u00e9crit cet homme n&rsquo;est certainement pas nouveau en litt\u00e9rature mais il est amen\u00e9 de fa\u00e7on magistrale&nbsp;! Le calme et l&rsquo;\u00e9tendue \/ le grattement de la plume et la feuille de papier. On passe d&rsquo;un espace ouvert \u00e0 un espace restreint, celui de la feuille, sur laquelle les mots vont dire le monde : une splendide m\u00e9taphore de la cr\u00e9ation.<br><br>Cet homme qui n&rsquo;est autre que Maurice Genevoix en train d&rsquo;\u00e9crire raconte Maurice Genevoix qui suspend son \u00e9criture. \u00ab&nbsp;<em>Ma plume reste en suspens&#8230;&nbsp;\u00bb <\/em>\u00e9crit-il. Mise en ab\u00eeme de l&rsquo;\u00e9crivain se racontant en train d&rsquo;\u00e9crire.<br>Le bruit du cours d&rsquo;eau entre par la fen\u00eatre ouverte; il oblige l&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater. Il interrompt un autre cours&nbsp;: le flux des pens\u00e9es, la main qui avance sur le papier. <br><br>Genevoix a <em>reconnu<\/em> ce bruit parce qu&rsquo;il en a fait l&rsquo;exp\u00e9rience. Il revisite par le pouvoir de la pens\u00e9e ce souvenir. Il sait ! Magie de l&rsquo;esprit, le bruit ranime le souvenir : le courant atteint l&rsquo;\u00e9trave de la pile du pont et maintenant il <em>\u00ab&nbsp;se soul\u00e8ve au musoir de pierre, s&rsquo;entrouvre en \u00e9ventail, et passe&#8230;&nbsp;\u00bb <\/em>Un pr\u00e9sent intemporel entre ainsi dans la chambre et <em>\u00ab&nbsp;toute la nuit vivante est l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-subtitle has-medium-font-size is-style-text-subtitle--4 wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;y a plus seulement un homme dans une chambre dans laquelle parvient le bruit de l&rsquo;eau, ni m\u00eame Maurice Genevoix assis \u00e0 son bureau \u00e9coutant le fleuve, il y a des \u00eatres, des mati\u00e8res et des formes qui sont au monde, qui entretiennent entre eux des liens profonds et intemporels. Chaque \u00eatre humain, \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre <em>disponible<\/em>, peut y acc\u00e9der. L&rsquo;artiste, et le po\u00e8te en particulier, peuvent en r\u00e9v\u00e9ler des fragments, ouvrir des portes. Non pas qu&rsquo;ils en sachent plus que les autres&nbsp; mais parce qu&rsquo;ils se tiennent toujours sur le fil du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\t<div id=\"respond\" class=\"comment-respond wp-block-post-comments-form\">\n\t\t<h3 id=\"reply-title\" class=\"comment-reply-title\">Laisser un commentaire <small><a rel=\"nofollow\" id=\"cancel-comment-reply-link\" href=\"\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/717#respond\" style=\"display:none;\">Annuler la r\u00e9ponse<\/a><\/small><\/h3><form action=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-comments-post.php\" method=\"post\" id=\"commentform\" class=\"comment-form\"><p class=\"comment-notes\"><span id=\"email-notes\">Votre adresse e-mail ne sera pas publi\u00e9e.<\/span> <span class=\"required-field-message\">Les champs obligatoires sont indiqu\u00e9s avec <span class=\"required\">*<\/span><\/span><\/p><p class=\"comment-form-comment\"><label for=\"comment\">Commentaire <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <textarea id=\"comment\" name=\"comment\" cols=\"45\" rows=\"8\" maxlength=\"65525\" required><\/textarea><\/p><p class=\"comment-form-author\"><label for=\"author\">Nom <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <input id=\"author\" name=\"author\" type=\"text\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"245\" autocomplete=\"name\" required \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-email\"><label for=\"email\">E-mail <span class=\"required\">*<\/span><\/label> <input id=\"email\" name=\"email\" type=\"email\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"100\" aria-describedby=\"email-notes\" autocomplete=\"email\" required \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-url\"><label for=\"url\">Site web<\/label> <input id=\"url\" name=\"url\" type=\"url\" value=\"\" size=\"30\" maxlength=\"200\" autocomplete=\"url\" \/><\/p>\n<p class=\"comment-form-cookies-consent\"><input id=\"wp-comment-cookies-consent\" name=\"wp-comment-cookies-consent\" type=\"checkbox\" value=\"yes\" \/> <label for=\"wp-comment-cookies-consent\">Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site dans le navigateur pour mon prochain commentaire.<\/label><\/p>\n<p class=\"form-submit wp-block-button\"><input name=\"submit\" type=\"submit\" id=\"submit\" class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" value=\"Laisser un commentaire\" \/> <input type='hidden' name='comment_post_ID' value='717' id='comment_post_ID' \/>\n<input type='hidden' name='comment_parent' id='comment_parent' value='0' \/>\n<\/p><p style=\"display: none;\"><input type=\"hidden\" id=\"akismet_comment_nonce\" name=\"akismet_comment_nonce\" value=\"3db9b1af16\" \/><\/p><p style=\"display: none !important;\" class=\"akismet-fields-container\" data-prefix=\"ak_\"><label>&#916;<textarea name=\"ak_hp_textarea\" cols=\"45\" rows=\"8\" maxlength=\"100\"><\/textarea><\/label><input type=\"hidden\" id=\"ak_js_1\" name=\"ak_js\" value=\"169\"\/><script>\ndocument.getElementById( \"ak_js_1\" ).setAttribute( \"value\", ( new Date() ).getTime() );\n<\/script>\n<\/p><\/form>\t<\/div><!-- #respond -->\n\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans sa chambre bureau, une pi\u00e8ce d\u2019angle orient\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest et au midi, Maurice Genevoix s\u2019astreint, quotidiennement, d\u00e8s chaque printemps et pendant des ann\u00e9es, \u00e0 \u00ab\u00a0une s\u00e9ance de labeur nocturne.\u00a0\u00bb Il se souvient d\u2019une nuit d\u2019ao\u00fbt :\u00ab\u00a0D\u00e8s le printemps, j\u2019ouvrais toute grande l\u2019une des fen\u00eatres, celle qui s\u2019orientait vers la Loire.\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab&nbsp;L&rsquo;\u00e9t\u00e9 venait. 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