{"id":1361,"date":"2025-10-29T08:03:31","date_gmt":"2025-10-29T07:03:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/?page_id=1361"},"modified":"2025-10-29T10:12:28","modified_gmt":"2025-10-29T09:12:28","slug":"gustave-roud","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eric-maurice.com\/index.php\/anthologie\/gustave-roud\/","title":{"rendered":"GUSTAVE ROUD"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-accent-5-background-color has-background has-medium-font-size is-style-text-annotation--1 wp-block-paragraph\" id=\"GUSTAVE-ROUD\" style=\"border-radius:0px\"><em>A<\/em>NGE. <em><strong>Air de la solitude. 1945<\/strong><\/em><br><br>\u00ab&nbsp;<em>Il y a des choses qui devraient exciter la curiosit\u00e9 des hommes au plus haut degr\u00e9,&nbsp;<\/em>dit Baudelaire,&nbsp;<em>et qui, \u00e0 en juger par leur train de vie ordinaire, ne leur en inspirent aucune. O\u00f9 sont nos amis morts ? Pourquoi sommes-nous ici ?&nbsp;<\/em>\u2013 poursuit-il, posant d\u2019autres questions encore. Que r\u00e9pondre ? Que r\u00e9pondre, sinon que nul de nos amis n\u2019est mort, et qu\u2019il ne tient qu\u2019\u00e0 nous de n\u2019\u00eatre pas&nbsp;<em>ici&nbsp;<\/em>? Ou mieux peut-\u00eatre, en laissant parler Alain-Fournier :<br><em>Quand j\u2019aurai assez d\u2019images, c\u2019est \u00e0 dire quand j\u2019aurai le loisir et la force de ne plus regarder que ces images, o\u00f9 je vois et je sens le monde mort et vivant m\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019ardeur de mon coeur, alors peut-\u00eatre j\u2019arriverai \u00e0 exprimer l\u2019inexprimable. Et ce sera ma po\u00e9sie du monde.<\/em><br><br>Vous riez de ces citations solennelles, et j\u2019entends d\u00e9j\u00e0 votre reproche : on ne traverse pas un soir de juin avec des questions aux l\u00e8vres (surtout des questions pos\u00e9es par autrui) mais avec une tige de sainfoin, une feuille de marguerite. Oui, et tout \u00e0 coup, sans m\u00eame y penser, on les jette. L\u2019interrogation, elle, s\u2019installe au plus profond de l\u2019\u00eatre ; elle rena\u00eet avec le souffle, \u00e0 chaque battement de coeur. O\u00f9 sont nos amis morts ? Pourquoi sommes-nous ici ? Mais qu\u2019est-ce qu\u2019<em>ici<\/em>&nbsp;? Et n\u2019est-ce pas un peu notre faute si nous n\u2019en faisons pas un perp\u00e9tuel&nbsp;<em>ailleurs&nbsp;<\/em>? Il ne s\u2019agit d\u2019aucune \u00e9vasion par la r\u00eaverie ou le poison, de nulle absence du corps ou de l\u2019\u00e2me. Simplement, d\u2019une pr\u00e9sence insuffisante. Il y a une certaine pauvret\u00e9, une avarice de notre coeur, de notre regard, de notre esprit, qui rendent&nbsp;<em>ici<\/em>&nbsp;toujours pareil \u00e0 soi, en lui conf\u00e9rant tout l\u2019inexorable d\u2019une prison. [\u2026]<br><br>A l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 cesse la pluie, un chant de fauvette commence, liquide et pur comme elle, goutte \u00e0 goutte au coeur des feuilles. La toison des prairies jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon scintille et fume sous un rai de soleil blanc. Louange de l\u2019eau, louange de la lumi\u00e8re : pas une fleur ne garde le silence. Et que nous est-il demand\u00e9, sinon de&nbsp;<em>participer<\/em>, immobile, t\u00eate lev\u00e9e et l\u00e8vres closes ? L\u2019abandon, le don, cela seul. Et la faux n\u2019est pas loin, ces fleurs le savent. Mais pour l\u2019homme seul, l\u2019Ange de la Mort est cet \u00e9pervier noir qui tourne au cr\u00e9puscule au-dessus des villages, cherchant parmi les touffes d\u2019arbres le toit qui porte signe, la tache de tuiles pourpre o\u00f9 choir vertigineusement comme une pierre, les ailes coup\u00e9es, sans un fr\u00e9missement de plume.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover alignwide\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-image-785 size-large\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-1024x768.jpg\" style=\"object-position:45% 48%\" data-object-fit=\"cover\" data-object-position=\"45% 48%\" srcset=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3-2-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim-10 has-background-dim\" style=\"background-color:#6283ad\"><\/span><div class=\"wp-block-cover__inner-container has-global-padding is-layout-constrained wp-block-cover-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-medium-font-size is-style-text-annotation--2 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">Appel d\u2019hiver (extrait). <em><strong>Pour un moissonneur. 1941<\/strong><\/em><br>\u00ab&nbsp;Tu&nbsp;<em>vivais.<\/em>&nbsp;Ah qui me dira si tu respires encore, que si mon coeur s\u2019arr\u00eate, le tien bat toujours, faucheur au bord de l\u2019orage, que j\u2019ai vu jadis \u00e0 l\u2019instant m\u00eame du premier \u00e9clair me sourire. La premi\u00e8re goutte de pluie \u00e9toile ton \u00e9paule et fait frissonner ton adieu. Pour toute une heure, le temps de notre halte sous le toit de tuiles ruisselantes, les pieds dans la poussi\u00e8re pleine de brins de paille, de fragiles empreintes d\u2019oiseaux, il m\u2019a paru que je pouvais vivre encore. Et plus encore que la vie, ce qui de ta chaude et fra\u00eeche \u00e9paule coulait jusqu\u2019\u00e0 mon coeur qu\u2019il comblait comme d\u2019une calme musique retrouv\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le repos vivant dans la pl\u00e9nitude atteinte, aupr\u00e8s de quoi celui de la mort ne peut \u00eatre qu\u2019une grimace.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-background has-medium-font-size is-style-text-annotation--3 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px;background-color:#e8b6204d\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9nigme qui point \u00e0 la naissance de chaque printemps \u2013 et l\u2019angoisse et la peur de la laisser sans r\u00e9ponse ! L\u2019hiver, usant envers l\u2019esprit d\u2019une sorte de complicit\u00e9, r\u00e9duit le monde \u00e0 un ensemble de signes presque aussi conventionnels et fig\u00e9s qu\u2019une \u00e9criture; on peut refermer sa fen\u00eatre sur un paysage de neige comme on referme un livre. Les textes disparaissent; nous retrouvons notre pleine libert\u00e9. Rien de plus impossible qu\u2019un \u00e9change, si nous passons notre seuil. Chaque lampe, chaque \u00e9toile luit de sa stricte lueur; les \u00e9glises \u00e9num\u00e8rent les heures; la neige fait le compte de nos pas. Notre souffle lui-m\u00eame par quoi nous devrions \u00eatre li\u00e9s \u00e0 l\u2019univers, c\u2019est une petite bu\u00e9e ronde et pr\u00e9cise qui roule distinctement vers la lune.<br>Mais maintenant que la pr\u00e9sence du monde est in\u00e9luctable, cern\u00e9s par elle nuit et jour \u2013 notre sommeil d\u00e9chir\u00e9 par ses oiseaux, frapp\u00e9 par la houle du vent nouveau dans les feuillages, et le regard d\u00e8s sa naissance gorg\u00e9 d\u2019accords \u2013 le vieux d\u00e9sir une fois encore nous saisit de r\u00e9soudre cette chatoyante \u00e9nigme. Jadis c\u2019\u00e9tait par un bond de quinze lieues \u00e0 travers les prairies, les villages, les for\u00eats fra\u00eeches; le sommeil sous un fr\u00eane vous d\u00e9barquait \u00e0 la pointe du jour dans la ros\u00e9e et les r\u00eaves \u00e9tincelants: l\u2019\u00e9nigme \u00e9tait supprim\u00e9e par une sorte d\u2019<em>adh\u00e9rence<\/em>&nbsp;inou\u00efe.<br>Mais on ne peut toujours s\u2019abandonner: pour enivrante qu\u2019elle devienne, la confusion du questionneur et du questionn\u00e9 n\u2019est qu\u2019intermittente. Ce soir, c\u2019est \u00e0 un \u00eatre terriblement&nbsp;<em>distinct<\/em>&nbsp;qu\u2019un mince merisiers en fleurs (le dernier \u00e0 fleurir, une toute petite main blanche l\u00e0-bas imperceptiblement agit\u00e9e) renouvelle la myst\u00e9rieuse demande.<br>Et il n\u2019y aura jamais de r\u00e9ponse.\u00a0\u00bb <strong><em>Air de la solitude. 1945<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover alignwide has-custom-content-position is-position-top-center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-image-1398 size-large\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-1024x576.jpg\" data-object-fit=\"cover\" srcset=\"https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.eric-maurice.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Nuages-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim-70 has-background-dim\" style=\"background-color:#677c8a\"><\/span><div class=\"wp-block-cover__inner-container has-global-padding is-layout-constrained wp-block-cover-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-center has-base-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-c8f0297e6861d118f2165c5365dc2575 wp-block-paragraph\">Le Corps et l&rsquo;Ombre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify is-style-text-annotation has-base-color has-text-color has-link-color has-medium-font-size wp-elements-d0f3acefaa9206231f008d04e540c700 is-style-text-annotation--4 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:0px\">C &#8211; &#8230; Ombre, comprends cette chose que j&rsquo;ai mis si longtemps \u00e0 comprendre : c&rsquo;est qu&rsquo;il <em>faut choisir<\/em>. Accepter cette terre comme un s\u00e9jour tr\u00e8s aim\u00e9 que l&rsquo;on nous donne, l&rsquo;habiter comme une demeure qui est faite pour nous, et pour laquelle nous sommes faits. Ou bien&#8230;<br>O &#8211; Ou bien ?<br>C &#8211; Comprendras-tu ? Ou bien y chercher les mat\u00e9riaux d&rsquo;une <em>autre <\/em>demeure, et la quitter &#8211; en esprit tout du moins.<br>O &#8211; Et comment les hommes choisissent-ils ?<br>C &#8211; Selon leur nature, qu&rsquo;un verre d&rsquo;eau suffit \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler. Tous ont soif, mais sur mille qui tendront la main vers la boisson glac\u00e9e, un seul peut-\u00eatre oubliera que l&rsquo;eau d\u00e9salt\u00e8re et que le verre est destin\u00e9 \u00e0 la contenir : il <em>regardera<\/em> cette chose admirable faite d&rsquo;une transparence que cerne une autre transparence, o\u00f9 la lumi\u00e8re joue un jeu d&rsquo;argent et d&rsquo;arcs-en-ciel, ce joyau vivant qui n&#8217;emprunte \u00e0 la ti\u00e9deur humaine de sa main qu&rsquo;une fragile bu\u00e9e aussit\u00f4t \u00e9vanouie&#8230; Imagine, ombre, un homme qui <em>regarderait le monde entier comme il a regard\u00e9 ce verre, <\/em>et sans mieux assouvir sa soif !<br>O &#8211; Tout lui deviendrait \u00e0 la fois inexplicable et splendide, d&rsquo;une enti\u00e8re incoh\u00e9rence et d&rsquo;une magnificence tout aussi profonde.<br>C &#8211; Imagine encore, ombre, cette communion singuli\u00e8re qui s&rsquo;\u00e9tablira entre le monde et lui, et, simultan\u00e9ment, cet isolement sans analogue. Songe que son \u00e9merveillement qui transforme toute chose cr\u00e9\u00e9e en miracle, et plus encore, en l&rsquo;amorce d&rsquo;un autre miracle, enl\u00e8ve du m\u00eame coup \u00e0 cette chose la <em>fin<\/em> que les autres hommes lui reconnaissent et qui leur permet de la nommer. Pour lui un arbre cesse d&rsquo;\u00eatre un arbre, un visage devient un temple et un ab\u00eeme [&#8230;]. <em>Petit trait\u00e9 de la marche en plaine. 1932<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANGE. Air de la solitude. 1945 \u00ab&nbsp;Il y a des choses qui devraient exciter la curiosit\u00e9 des hommes au plus haut degr\u00e9,&nbsp;dit Baudelaire,&nbsp;et qui, \u00e0 en juger par leur train de vie ordinaire, ne leur en inspirent aucune. O\u00f9 sont nos amis morts ? Pourquoi sommes-nous ici ?&nbsp;\u2013 poursuit-il, posant d\u2019autres questions encore. 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