
QUE LA FIN NOUS ILLUMINE
Sombre ennemi qui nous combats et nous resserres,
laisse-moi dans le peu de jours que je détiens,
vouer ma faiblesse et ma force à la lumière :
et que je sois changé en éclair à la fin.
Moins il y a d’avidité et de faconde
en nos propos, mieux on les néglige pour voir
jusque dans leur hésitation briller le monde
entre le matin ivre et la légèreté du soir.
Moins nos larmes apparaîtront brouillant nos yeux
et nos personnes par la crainte garrottées,
plus les regards iront s’éclaircissant et mieux
les égarés verront les portes enterrées.
L’effacement soit ma façon de resplendir,
la pauvreté surcharge de fruits notre table,
la mort, prochaine ou vague selon son désir,
soit l’aliment de la lumière inépuisable.
L’IGNORANT. Paroles dans l’air. 1953 – 1956
AIRS (poèmes 1961-1964)
Trois textes extraits de la 2è partie du recueil, intitulée :
Oiseaux, fleurs et fruits
Je marche
dans un jardin de braises fraîches
sous leur abri de feuilles
un charbon ardent sur la bouche
Toute fleur n'est que de la nuit
qui feint de s'être rapprochée
Mais là d'où son parfum s'élève
je ne puis espérer entrer
c'est pourquoi tant il me trouble
et me fait si longtemps veiller
devant cette porte fermée
Toute couleur, toute vie
naît d'où le regard s'arrête
Ce monde n'est que la crête
d'un invisible incendie
L'oeil :
une source qui abonde
Mais d'où venue ?
De plus loin que le plus loin
de plus bas que le plus bas
Je crois que j'ai bu l'autre monde